Vidéo ST - Pour Julian Assange Internet Est Un Sérum De Vérité



Le 24 Janvier dernier, Julian Assange, l'éditeur en chef du site Wikileaks, délivrait un important discours par vidéo conférence à l'Université d'Oxford. La diffusion partiellement censurée sur Internet de cette vidéo par l'Oxford Union questionne sur les limites de la liberté d'expression dans les démocraties modernes, parce que le censeur est une institution dont cette Liberté est un principe fondateur. Le discours de Julian Assange est un plaidoyer radical pour le respect du droit à l'Alerte Éthique.



Le prix Sam Adams récompense tous les ans un individu, professionnel ou non de l'analyse de Renseignement qui par son honnêteté et son intégrité a contribué à éviter une guerre inutile pour la société. Ce prix a récompensait cette année Thomas Fingar, ancien directeur du Renseignement National à la maison blanche. Son travail sur le  rapport national de renseignement américain de 2007 qui concluait avec certitude que l'Iran avait cessé de planifier tout programme nucléaire dès 2003 fut notamment salué par le Jury.

Les sociétaires du prix Sam Adams avaient également invité Julian Assange, ancien récipiendaire du prix, aujourd'hui en résidence surveillée à l'ambassade d'Équateur en grande bretagne, à s'exprimer par Vidéo Conférence devant l'assemblée réunie pour la cérémonie. Plusieurs incidents techniques eurent lieu pendant la cérémonie. La diffusion simultanée du discours de Julian Assange,  programmée via Youtube fut mystérieusement interrompue. Oxford Union allait produire trois jours plus tard sur son compte Youtube une version différente du discours, en l'amputant d'un de ses principaux éléments. Une entente avait été conclue entre les organisateurs et Julian Assange pour illustrer l'arrière plan de la transmission de son discours d'une vidéo.

Collateral Murder: un miroir de notre temps

Le film choisi par Julian Assange pour argumenter et illustrer son propos n'est pas n'importe lequel. C'est un enregistrement de  la vidéo embarquée d'un hélicoptère d'attaque Apache AH-64 qui massacra à l'aide de son canon automatique M 230   12 à 18 civils irakiens le 12 juillet 2007, parmi lesquels deux journalistes et deux enfants de moins de 10 ans.  Le contenu de cette vidéo produite par Wikileaks, plus connue sous le titre de "Collateral Murder "  ( Meurtre collatéral ) fit la Une de la presse internationale au printemps 2010. Son impact sur le public et ses conséquences politiques, sa mise en évidence de la défaillance des fameuses règles d'engagement militaire de l'armée américaine, qui justifiaient dans ce cas un crime de guerre sans appel, font depuis l'objet de nombreux commentaires.

La crainte d'une violation des "droits d'auteur" de la Vidéo semble avoir été le motif de justification de  la censure selon Oxford Union, responsable de l'organisation de la cérémonie et de sa diffusion. Ceux-ci appartiendraient à l'armée américaine, propriétaire de l'Apache AH-64 et par conséquent des droits attachés à l'enregistrement d'une de ses caméras. Cette justification a prêté à sourire le TAB, un journal de l'université de Cambridge qui a raillé la posture d' Oxford Union:

« However, it appears that the reasons given by the Oxford Union bear little scrutiny. After its release in 2010, the footage received widespread global publicity; both a report on the video and the video itself appeared on the homepage of the Daily Telegraph without the slightest repercussions. Indeed, the paper continues to host the video online. »
 
« Les raisons données par Oxford Union méritent un examen minutieux. Après sa sortie en 2010, l'enregistrement a été largement diffusé à traver le monde. A la fois un documentaire de la vidéo et la vidéo elle-même ont fait la Une du Daily Telegraph sans le moindre petit problème. D'ailleurs le journal continue de diffuser cette vidéo en ligne. »



L'armée américaine n'a jamais usé de son "droit d'auteur" pour cette vidéo ou pour tout autre document, passé dans le domaine public, qui lui appartient. Il y a donc une autocensure d'Oxford Union qui gêne, parce qu'elle est inexplicable. Le contexte et les effets de cette vidéo, la nature du document qui vient expliciter les propos de Julian Assange, qui perdent leur sens sans elle, la réalité de la détention de Bradley Manning, la source supposée de la vidéo et enfin l'asile et la résidence surveillée de Julian Assange dans les locaux de l'ambassade de l'Équateur auraient nécessité un choix éditorial différent et surtout, plus de courage.

Alors que la vidéo laisse apparaître un crime de guerre manifeste commis par le pilote et artilleur de l'hélicoptère Apache ce jour là, aucune enquête sérieuse ni aucune sanction n'ont été annoncées par l'armée américaine. La réalisatrice hollandaise Shuchen Tan est allée à la rencontre des familles des victimes de ce drame à Bagdhad, elle a également interviewé le soldat américain Ethan McCord,  qui a récupéré les corps meutris d'un des enfants après l'assaut. Ce dernier accuse explicitement son ex compagnon d'armes de crime de guerre. Ce film Intitulé "Permission to Engage" ( permission de tuer ) a été diffusé par la télévision qatarie Al Jazeera en août dernier:


Deux mois plus tôt, l'ancien député travailliste britannique Georges Galloway, exclu du parti pour son opposition à la guerre en Irak  avait pris la défense d'Assange dans cette même enceinte, l'auditorium de l'Oxford Union, dans une harangue mémorable. Il avait rappelé que ce dernier ferait l'objet d'une incrimination pénale secrète aux États-Unis pour "trahison", qu'alors que des procureurs suédois s'étaient déplaçés sans problème pour entendre des Témoins de meurtre commis en suède et résidant sur le territoire britannique, ils refusaient de le faire pour un témoin accusé d'un abus sexuel de type particulier:  Julian Assange est accusé d'avoir eu des relations sexuelles consenties avec une personne qui préférait qu'il emploie un condom dans leur rapport, la qualification de cette infraction pénale en droit comparé européen, n'existe qu'en Suède.   La Suède a également refusé de donnner des garanties officielles à l'État équatorien, suivant lesquelles Julian Assange ne serait pas extradé aux États-Unis si il était appréhendé par la justice suédoise.

Justice pour Bradley Manning

Le 23 février prochain, l'analyste de Renseignement militaire de nationalité américaine et britannique Bradley Manning, source supposée de la vidéo Collateral Murder aura passé 1000 jours de détention dans des conditions d'incarcération très critiquées.
La libération et la réhabilitation de cet ancien soldat et l'arrêt de la persécution des membres de Wikileaks seront les principaux lauriers de la Liberté d'Expression sur Internet de cette deuxième décennie du XXIème siècle. Selon Julian Assange elle permet de consigner la Vérité dans les livres d'Histoire. Beaucoup ne sont pas encore prêts à admettre les effets de la transparence radicale qu'elle induit dans le fonctionnement de nos sociétés.





Lundi 18 Février 2013
Archippe Yepmou
Archippe Yepmou a rejoint Internet Sans Frontières en Janvier 2008. Il a d'abord été directeur des... En savoir plus sur cet auteur






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