Périls, intimidations et expulsion illégale des blogueurs tchadiens



Une série d’atteintes des plus graves observées en afrique sub-saharienne, portées contre les libertés d’expression et d’opinions politiques en ligne est en cours au Tchad et dans la sous-région du golfe de guinée francophone. L’incarcération et la mise au secret de l’écrivain et blogueur tchadien Jean Laokolé à Ndjaména et l’expulsion de son éditeur du Sénégal vers la Guinée, du journaliste, blogueur et organisateur de communautés en ligne Makaila Nguébla par les autorités sénégalaises sur demande de l’État tchadien soulignent un net recul de ces libertés en afrique de l’Ouest et Centrale francophones.



Le journaliste et blogueur Makaila Nguébla au Forum Social Mondial de Tunis en Avril 2013 - Crédit Photo: © Abdelkerim Yacoub
Le journaliste et blogueur Makaila Nguébla au Forum Social Mondial de Tunis en Avril 2013 - Crédit Photo: © Abdelkerim Yacoub
 

Internet Sans Frontières a appris avec étonnement l’arrestation par la Direction de Surveillance du terroire Sénégalais , puis l’expulsion Mardi 7 mai 2013, de Dakar au Sénégal vers Conakry ( République de Guinée )  du journaliste et blogueur tchadien Makaila Nguébla. Makaila est le correspondant d’Internet Sans Frontières, éditeur en chef du blog collectif Makaila Info. Ce site est le lieu d’information et d’opinion en ligne le plus consulté par les tchadiens vivants au tchad ou à l’étranger. Makaila Nguébla est aussi un contributeur actif du site Internet de la chaîne  française d’informations internationales France 24.

Une expulsion contraire au droit et aux engagagements internationaux du Sénégal

Selon l’Avocat de Makaila Nguébla à Dakar, Me Kane, cette expulsion vers un pays où le journaliste bénéficierait d’une moindre protection est contraire au droit Sénégalais, un juge indépendant n’ayant pas été saisi, et en contrariété avec des engagements internationaux du Sénégal. Le Sénagal a ratifié la Convention des Nations Unies de 1951 et ses protocoles, portant statut des réfugiés et appatrides . Le statut de réfugié politique de Makaila Nguébla au regard de cette convention, des circonstances et de la situation personnelle du journaliste au Sénégal depuis plus de huit années, ne pose aucun doute. Sur les conditions d’expulsion des personnes considérées par la convention comme réfugié politique l’article 32 précise:

                           Article 32
                         EXPULSION
1.
Les Etats Contractants n’expulseront un réfugié se trouvant régulièrement
sur leur territoire que pour des raisons de sécurité nationale ou d’ordre public.

2.
L’expulsion de ce réfugié n’aura lieu qu’en exécution d’une décision rendue
conformément à la procédure prévue par la loi. Le réfugié devra, sauf si des
raisons impérieuses de sécurité nationale s’y opposent, être admis à fournir
des preuves tendant à le disculper, à présenter un recours et à se faire repré-
senter à cet effet devant une autorité compétente ou devant une ou plusieurs
personnes spécialement désignées par l’autorité compétente.

3.
Les Etats Contractants accorderont à un tel réfugié un délai raisonnable
pour lui permettre de chercher à se faire admettre régulièrement dans un
autre pays. Les Etats Contractants peuvent appliquer, pendant ce délai, telle
mesure d’ordre interne qu’ils jugeront opportune.

Par ailleurs, Makaila Nguébla disposait également au titre de la convention, du statut d’apatride, les autorités de son pays le Tchad refusant de lui délivrer un passeport depuis plus de huit années.
 
Intimidation de l’État tchadien contre la dissidence en ligne

Cette expulsion fait suite à la visite à Dakar les 3 et 4 mai derniers  du Ministre tchadien de la Justice, M. Jean-Bernard Padaré, en vue de la signature d’un accord de cooperation judiciaire entre le Sénégal et Tchad. Internet Sans Frontières regrette que la première mise en oeuvre, symbolique, de cette entente judiciaire bilatérale, concerne précisément un défenseur des droits de l’homme et un dissident politique réfugié au Sénégal qui n’a violé aucune loi de son territoire d’accueil. Le ministre tchadien M. Padaré, selon les sources d’Internet Sans Frontières a rencontré le président démocratiquement élu du Sénégal M. Macky Sall et lui a demandé l’extradition du journaliste dissident. L’État sénégalais a coupé la poire en deux, en expulsant vers la Guinée voisine, une antichambre pour sa future  extradition au Tchad. Cette expulsion est l’énième acte répressif porté par le Tchad contre des blogueurs et dissidents en ligne, après l’arrestation du Blogueur Jean Laokolé, dont Makaila Nguébla était l’éditeur.



Le ministre tchadien de la Justice, grand inquisiteur des blogueurs ?

Makaila Nguébla, le blogueur et écrivain Jean Laoloké,  le président de l’Union des Journalistes Tchadiens Eric Topona et le ministre tchadien de la Justice et ancien défenseur des droits de l’homme Jean-Bernard Padaré,  sont les protagonistes d’une série d’actes de répression de l’état tchadien dont le commun dénominateur est la circulation de l’information et les opinions dissidentes des trois premiers. Jean Laokolé a été incarcéré et mis au secret dans une prison militaire, comme le signalait récemment Internet Sans Frontières. Il contribuait régulièrement et de manière anonyme sur le blog de Makaila Nguebla. Jean Laokolé, sous le pseudonyme Pierre Vourboubé, dénonçait les répressions dont se rend coupable Jean-Bernard Padaré dans le district tchadien duquel il est deputé. Attitude inquiétante de la part d'un ancien avocat des familles tchadiennes victimes dans l’affaire de l’Arche de Zoé et ancien défenseur des droits de l’Homme.

L’arrestation de Jean Laokolé coincide avec des billets qu’il avait écrit sur le blog collectif makaila, et qui faisaient état d’une enquête menée, qui concernerait un réseau de détournements opérés par des agents du ministère des domaines, l’ancien poste ministériel de M. Padaré auxquels aurait participé l’ancien ministre, selon l’enquête et les écrits des blogueurs. Une des sources de Jean Laokolé était le blogueur et président de l’association des journalistes tchadiens M. Éric Topona, également arrêté et mis au secret par les autorités tchadiennes.
Selon Makaila Nguébla, son réseau d’informateurs et de sources au tchad  a été placé sur table d’écoutes téléphoniques à la suite de ces révélations. Les écoutes de leurs communications et l’intrusion électronique dans leurs équipements personnels de communication sur Internet a permis de dévoiler l’anonymat de Jean Laokolé et l’arrestation d’Eric Topona, puis l’expulsion du Sénégal vers la Guinée de Makaila Nguébla.

Cette actualité coïncide également avec la tentative alléguée de coup d’état déjouée  par le pouvoir de Ndjamena. La tentative de coup d’état servirait-elle aujourd’hui à faire taire les voix dissidentes à l’intérieur et à l’extérieur du Tchad ?



Mercredi 8 Mai 2013






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