OP Syria, ou comment des Syriens luttent contre la censure





OP Syria, ou comment des Syriens luttent contre la censure
"S’ils ne sont pas capables de parler, nous ne sommes pas capables d’apprendre d’eux," lance simplement celui qui se fait appeler Tomate sur les réseaux. De cette constatation a débuté l’Op Syria lancée par le groupe Telecomix voilà plus de deux mois. Aujourd’hui, pour que de plus en plus de gens apprennent de la Syrie, ils ont même créé un site de news from the ground à partir des informations et vidéos collectées sur le terrain et transmises par de courageux Syriens.

C’est ainsi qu’ils ont passé des semaines à essayer d’outrepasser le mur de la censure, construit, années après années, par Bachar el Assad et ses sbires, travaillant d’arrache-pied jours et nuits. Ils ont non seulement réussi mais ils aident aujourd’hui les gens sur place, à communiquer avec l’extérieur et surtout, à pouvoir échanger entre Syriens vivant dans des villes différentes : « Ca fait peu de temps, mais ça y est, les gens commencent à communiquer entre eux, » confirme le Syrien Hazrid.

De l’Internet au bouche à oreilles

Il confie « avoir pris des contacts plus tôt, avant que les moukhabarats ne s’intéressent à telecomix et aux anonymous. » Hazrid est aujourd’hui sur plusieurs réseaux, en lien avec différents groupes : « En Syrie, on ne connaissait pas telecomix. Les gens savaient aussi peu de choses sur les anonymous. Une des seules images qu’ils en ont est le fait qu’ils puissent attaquer des gouvernements. » Faute de liberté, les conseils de sécurité offerts en ligne par telecomix circulent aujourd’hui « de bouche à oreilles, confie-t-il. La majeure partie des gens actifs dans la révolution utilisent des méthodes de protection en ligne. »

Petit à petit, donc, les conseils transmis par Tomate, Kheops et autres chevaliers de l’internet libre, font leur chemin sur les routes du pays. Bon point, donc, pour toute l’équipe surtout lorsque l’on sait que « la Syrie est un des exemples les plus flagrants d’un pouvoir qui réprime son peuple, » dixit Itsnotabigtruck, autre artisan de l’Op Syria. Que rien ne prédestinait pourtant à travailler sur ce pays « La plupart des gens qui participent à ce projet, ne savaient pas grand-chose sur la Syrie, mais s’intéressent à la liberté. On a donc décidé de nous y mettre sur notre temps libre. » Et aujourd’hui ? « Je suis un peu plus averti sur la situation, sur le printemps arabe aussi. »

Ecouter son coeur

Pas facile pourtant, d’échanger tous les jours avec des Syriens apeurés, réprimés, vivant dans un pays où deux personnes sur trois font partie des services secrets : « Il est impossible d’obtenir quoi que ce soit sans un certain niveau de confiance mutuelle, » renchérit Itsnotabigtruck. Et si de modestes Syriens arrivent aujourd’hui à se connecter sur l’IRC pour sécuriser leur réseau, les services secrets le peuvent-ils  aussi ? « On a de bons agents anglophones. Je crois que les moukhabrats ont essayé d’avoir des informations à partie de gens qui se trouvent en Syrie, » explique Hazrid.

Même pas peur ! répondent les hackers, à l’image de itsnotabigtruck « Nous devons faire d’avantage attention, il y a effectivement un risque d’être surveillés par des agents et des sympathisants du régime. » La sécurité totale n’existe pas et l’équipe n’a de cesse de répéter des conseils liés à l’anonymat sur l’IRC de l’opération« on joue au chat et à la souris » constate Kheops, l’un des instigateurs du projet. Alors comment savoir si le Syrien qui vient de se connecter est vraiment une personne qui a besoin d’aide ou un espion ? « Ce n’est pas facile, s’interroge Tomate. La plupart du temps, j’écoute mon cœur. »

Mais un Syrien, ça parle arabe, non ? Alors les premiers à avoir été aidés, donnent aujourd’hui un coup de main aux hackers, jouant les traducteurs, voire les techniciens occasionnels. D’autres parlent aussi anglais « et j’ai pu remarquer que ceux qui ont un niveau plus important techniquement sont ceux qui ont aussi le meilleur niveau d’anglais. » Les hackers ont aussi installé un bot de traduction sur l’IRC et en cas de force majeure, les outils de traduction en ligne peuvent aussi être d’un grand secours : « la barrière de la langue est de moins en moins un problème, » conclut Itsnotabigtruck.

Julie Gommes
@jujusete

Lire aussi une interview de KheOps par Fabrice Epelboin
Autre article sur le sujet sur le site OWNI


Dimanche 25 Septembre 2011
Julie Gommes
Rédacteur et Membre Internet Sans Frontières En savoir plus sur cet auteur





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