Mystère autour de la réouverture de Facebook en Iran





Mystère autour de la réouverture de Facebook en Iran

Dans l’univers de l’Internet mondial, une information est presque passée inaperçue. Après avoir été bloqué en septembre 2008 par les autorités sous les prétextes traditionnels de subversivité, Facebook a été de nouveau accessible en Iran le 4 février dernier. Ce qui a interpellé les observateurs dont je suis, c’est qu’aucune raison n’a été donnée pour expliquer la réouverture du réseau social.




Si, à première vue, on peut considérer que la réouverture de Facebook (ou de tout autre plateforme communautaire libre) est une bonne nouvelle pour les internautes épris de liberté d’expression et de réunion, je doute très sincèrement qu’il faille se réjouir de cette nouvelle. Car, pour ma part, je suis persuadé qu’il y a derrière cette manoeuvre la volonté de mieux contrôler les échanges sur Internet.



L’Iran n’est pas un pays qui respecte la liberté d’expression sur Internet. Tout récemment encore, plusieurs sites consacrés à Mohammad Khatami, l’ancien président iranien, qui se présente en juin prochain contre Mahmoud Ahmadinejad lors des élections présidentielles ont été fermés. Dans ce contexte répressif exacerbé par l’échéance électorale toute proche, je ne vois pas du tout pourquoi les autorités ont décidé de libérer Facebook.


A moins que ce soit une façon plus perverse de censurer la dissidence. Et c’est ce que je suppose, même si je n’en ai pas les preuves formelles.


L’Iran est un pays extrêmement bien connecté à Internet. Selon les informations officielles, 27 millions d’iraniens peuvent avoir accès à Internet sur une population totale d’environ 70 millions d’habitants. Et, selon des sources gouvernementales, parmi les 27 millions d’internautes occasionnels, il y aurait 7,5 millions d’utilisateurs réguliers. Depuis sa réouverture en février dernier, Facebook est devenu le 12ème site le plus consulté par les iraniens. Et, au sommet des sites les plus populaires du pays, on trouve Blogfa derrière Google et Yahoo, une plateforme de blogs. Un autre réseau social, Cloob, arrive en 7ème position et revendique plus de 600.000 membres actifs.


Selon moi, le gouvernement Iranien vient de procéder à la réouverture de Facebook pour une seule raison : mieux contrôler les comportements de ceux qui s’y inscrivent et ainsi mener des initiatives de surveillance et d’intelligence politique. Et ce serait ainsi une nouvelle façon d’organiser la censure en attirant l’internaute vers une plateforme sur laquelle il croit reconquérir sa liberté alors qu’on profite de sa présence “déclarative” pour mieux le connaître et le surveiller.


Car finalement, cela n’a pas de sens de bloquer et fermer les réseaux sociaux, pour des régimes totalitaires. Cela n’a pas de sens car les internautes auront toujours une longueur d’avance et se tourneront vers une forme de clandestinité infiniment plus complexe à observer. En laissant les gens s’inscrire librement sur Facebook sous leur véritable identité, en postant leurs photos, leurs vidéos, en affichant leurs amitiés et leur appartenance à des groupes de soutien, le gouvernement se construit une base de connaissance irremplaçable, bien plus dangereuse que tous les EDVIGE du monde.


Finalement, pour préserver la liberté et protéger les internautes, ne faudrait-il pas les encourager à ne pas s’inscrire sur ce type de site ? La nouvelle liberté sur Internet doit-elle passer par le boycott positif de certaines plateformes ? Je trouve que l’exemple iranien est intéressant à suivre à ce titre.



Dimanche 1 Novembre 2009





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