Internet Sans Frontières signe l'appel pour la libération d'Alaa Abd El Fattah et de tous les blogueurs détenus en Egypte



52 organisations de la société civile internationale, dont Internet Sans Frontières, ont rejoint l'appel lancé par l'Electronic Frontier Foundation en faveur de la libération du blogueur égyptien Alaa Abd El Fattah, et de tous les blogueurs injustement emprisonnés en Egypte.



Free Alaa Abd El Fattah, par Ramy Raoof sur Flickr (CC BY 2.0)
Free Alaa Abd El Fattah, par Ramy Raoof sur Flickr (CC BY 2.0)
Le "gouvernement intérimaire" militaire en Egypte est en train de sévir sur pratiquement toute forme significative d'assemblée, d'association, ou d'opposition. 
 
Après l'adoption en novembre 2013 d'une loi interdisant toute manifestation pacifique, des dizaines de militants et organisateurs ont été envoyés en prison. Parmi eux, Alaa Abd El Fattah, gourou de logiciels, blogueur et activiste politique. 
 
Dans la nuit du 28 Novembre, les forces de sécurité ont attaqué la maison de Alaa, l'ont frappé avec sa femme lorsqu'ils ont demandé à voir leur mandat, l'ont pris et l'ont détenu pendant une nuit, les yeux bandés et menotté, dans un lieu inconnu. Actuellement, il est détenu à la prison de Tora, centre de détention à haute sécurité notoirement connu en Egypte, historiquement utilisé pour détenir les hommes soupçonnés de crimes violents et de terrorisme.

 

Mais Alaa n'est pas poursuivi pour des crimes de violence. Opposant aux pratiques répressives de l'Etat  et ardent défenseur de l'information libre, et des logiciels libres, il fut l'un des premiers internautes égyptiens facilitant en faveur d'un mouvement pour le changement politique autour d'une idée simple: la liberté d'expression . 
 
Son très populaire blog  - tenu avec sa femme, Manal -, a aidé à susciter une communauté de blogueurs dans le monde arabe engagés dans la promotion de la liberté d'expression et des droits humains. La communauté a remporté le prix Reporters sans frontières à l'édition 2005 des Bobs. Leur site révolutionnaire, Omraneya, a recueilli les articles de blog dans le monde arabe, archivant ainsi la dissidence face à la répression. Comme l'a dit un média indépendant populaire  (en) : «[Omraneya est] à certains moments la maison de l'expression alternative, et à d'autres l'amplificateur de voix tues."

Après le soulèvement du 25 Janvier 2011, Alaa a continué à promouvoir la liberté d'expression à travers les plates-formes en ligne. Il a initié une initiative populaire à l'échelle nationale  (ar) permettant la collaboration des citoyens dans l'élaboration de la Constitution égyptienne. Il a initié et organisé les Tweet-Nadwas  (en) ("Tweet-colloques»), qui ont emmené des militants et des blogueurs du monde entier dans la place Tahrir, leur permettant de participer à un dialogue ouvert sur ​​des questions difficiles allant de l'islamisme  (en) à la réforme économique  (en).

« Sans baisser le regard vers nos pieds, regardons vers l'avant et envisageons l'Etat parfait; A titre personnel, je ne veux pas un Etat, mais je sais que ce n'est pas possible. Au lieu de cela, je dois me concentrer sur les mesures qui pourraient me conduire à construire le «bon» état​​. - Alaa Abd El Fattah (Tweet Nadwa, 14 Juin 2011) »

Alaa a été emprisonné ou inculpé sous tous les gouvernements au pouvoir en Egypte. En 2006, alors qu'il n'avait que 22 ans, il a été emprisonné par le gouvernement Moubarak. Le Conseil suprême des forces armées (CSFA) l'a emprisonné en 2011. L'ancien président Morsi a porté plainte contre lui en 2013. Et il est maintenant emprisonné par le gouvernement militaire actuel. Il n'est pas le seul dans ce cycle de persécution. A ses côtés, maintenant en prison se trouvent les militants Ahmed Maher, Mohamed Adel et Ahmed Douma qui tous ont également été visés par les régimes les plus récents d'Egypte. Des milliers d'autres jeunes gens sont en prison ou portés disparus. 
 
La mère d'Alaa, Laila Soueif, l'une des fondatrices du mouvement de protestation Kefaya, largement crédité comme l'un des principaux précurseurs du soulèvement de janvier 2011, a déclaré:

« Alaa est l'un des critiques les plus virulents et sans compromis de la répression et la violence d'Etat de sa génération. A ce moment précis, les personnes au pouvoir tentent de vendre le mythe que tout le pays est uni derrière eux contre les Frères musulmans et leurs alliés. Le fait que Alaa, qui exprimait publiquement sa critique des Frères Musulmans alors que Morsi était président, condamne - encore plus fortement - le comportement criminel actuel de la police et de l'armée, explose leur mythe. D'autant plus qu'il n'est pas le seul à prendre cette position. L'arrêter et le diaboliser dans les médias est un message adressé aux détracteurs du régime de se taire. »

Le gouvernement actuel a déjà condamné Alaa (et sa soeur Mona Seif) à une peine avec sursis d'un an dans un procès semblable, mais distinct. Les accusations actuelles exposent Alaa à des années supplémentaires de condamnation. Selon Ahmed Seif, éminent avocat des droits de l'homme et père de Alaa Abd El Fattah :

« L'Accusation fait tout ce qui est en son pouvoir pour empêcher l'appel d'Alaa contre son incarcération provisoire. Cela fait plus d'un mois que l'Accusation a achevé ses enquêtes et a renvoyé l'affaire devant la Cour pénale, mais les avocats n'ont toujours pas été autorisés à accéder au dossier de l'affaire, et ni le lieu, ni une date n'ont été fixés pour le procès. »

Alors que le troisième anniversaire de la révolution du 25 Janvier approche, nous exprimons notre préoccupation que le cas de Alaa marque une tendance inquiétante pour les libertés publiques en Egypte. 
 
Les soussignés exigent la libération immédiate et un procès équitable pour tous ceux injustement détenus, conformément à la Déclaration universelle des droits de l'homme et au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, dont l'Égypte est État partie.


Appel initialement publié sur le site de l'Electronic Frontier Foundation  (en).

 

Signataires : 

Electronic Frontier Foundation
7iber
Access
ActiveWatch – Media Monitoring Agency
Afghanistan Journalists Center
Arab Digital Expression Foundation
Arabic Network for Human Rights Information
ARTICLE 19
Association for Freedom of Thought and Expression
Association for Progressive Communication
Association of Independent Electronic Media
Bahrain Center for Human Rights
Canadian Journalists for Free Expression


Centre for Independent Journalism - Malaysia
Derechos Digitales
Digital Rights Foundation, Pakistan
Egyptian Organization for Human Rights
Foundation for Press Freedom - FLIP
Freedom Forum
Freedom House
Freedom of the Press Foundation
Global Voices Advocacy
Globe International Center
Hivos*
Human Rights Watch
Independent Journalism Center - Moldova
Index on Censorship
Initiative for Freedom of Expression - Turkey
International Federation of Journalists Asia-Pacific
Internet Sans Frontières (Internet Without Borders)
IPYS Venezuela
Jadaliyya
Journalists' Trade Union
Mada Masr
Media, Entertainment and Arts Alliance
Media Foundation for West Africa
Media Institute of Southern Africa
Media Rights Agenda
Mosireen
National Union of Somali Journalists
Norwegian PEN
Pacific Islands News Association
Pakistan Press Foundation
PEN American Center
PEN Canada
PEN International
Public Association "Journalists"
Social Media Exchange (SMEX)
The Workshops (Egypt)
World Association of Newspapers and News Publishers
Rasha A. Abdulla, Ph.D., The American University in Cairo
Amir Ahmad Nasr, author of My Isl@m


Vendredi 24 Janvier 2014






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