Brésil : 2014, année du journalisme citoyen pour éveiller la conscience politique des jeunes ?



Après les manifestations de juin 2013 Internet sans Frontières prépare son premier projet au Brésil à destination des jeunes. Développer leur conscience politique à travers l’analyse critique de l’information, un enjeu stratégique en vue d’une année historique.

Article publié en portugais sur le site d'Observatorio da Imprensa le 24 décembre 2013 avec la contribution de Nemer Sanches de Souza



Les mouvements sociaux de juin 2013 ont montré que les jeunes brésiliens sont loin d’être aussi apathiques que l’opinion conservatrice véhiculée par les médias préfère le laisser croire. Si de nombreuses études montrent que les jeunes ont un certain intérêt pour la politique et participent à des organisations ou associations, il faut toutefois se demander comment se fonde leur opinion politique et comment ils se saisissent des principales controverses de l’actualité politique pour participer.

Lors des manifestations populaires contre les dépenses colossales effectuées pour la coupe du monde, la population a réclamé plus d’intervention publique dans les transports, l’éducation et la santé, moins de corruption, plus de transparence, et plus de responsabilité de la part des gouvernants. En même temps, des voix se sont élevées depuis les rues réclamant la destitution d’élus de divers bords politiques, estimant qu’ils étaient les uniques responsables des dysfonctionnements du système politique brésilien.

Les jeunes participent. Mais sont-ils politisés ? Bien au-delà d’un débat sur l’orientation politique, se poser cette question, c’est surtout s’interroger sur les modalités d’accès de l’ensemble des jeunes brésiliens à l’information.

Peu avant les mouvements de juin, le ministère de la jeunesse réalisait une étude sur le rapport des jeunes à la participation politique. On y découvre que 46% des 3 000 jeunes de 15 à 29 ans interrogés se sont déjà investis à une association ou un collectif, mais qu’ils ne sont que 9% à participer réellement à des activités politiques. Si 54% considèrent que la politique est très importante, ils sont aussi 57% à considérer qu’ils n’ont pas à s’y impliquer ou à s’y intéresser. Ce rapport ambigu à la politique est basé sur le fait que les jeunes expriment une défiance importante envers la politique traditionnelle. Les partis n’ont pas de crédibilité à leurs yeux, la corruption discrédite les représentants politiques. Il en résulte des mobilisations de masse se revendiquant totalement non partisanes bien que pas apolitique.

Il est de bonne augure de penser que les jeunes sont capables de créer de nouvelles formes de rassemblement en dehors des vecteurs traditionnels aujourd’hui épuisés. Mais la question est de savoir sur quelle base informative ils fondent leur revendication. Une autre étude publiée en 2009 par deux centres de recherche brésiliens s’est penchée sur le rapport à l’information de 8 000 jeunes brésiliens. 85,8% d’entre eux affirment être informés sur ce qui se passe dans le monde, dans la grande majorité des cas par le biais de la télévision. Interrogés sur ces connaissances présumées, ils ne sont au final que 30,4% à savoir ce que signifie le sigle ONU des Nations Unies et 3% à pouvoir expliquer ce qu’est une politique de quota alors que le pays développe depuis dix ans des politiques sociales de discrimination positive pour les minorités raciales basées principalement sur des quotas.

Voilà où se trouve le principal problème de la formation citoyenne des jeunes brésiliens. Dans quelle mesure l’information qu’ils obtiennent se transforme-t-elle en savoir ? Et comment ce savoir leur permet de construire leur citoyenneté devant les événements politiques qui les concernent ?

2014 s’annonce comme une année particulièrement historique pour le Brésil. La Coupe du Monde en juin, les mouvements sociaux qui très probablement reprendront et les élections présidentielles en octobre dont l’issue sera inévitablement influencée par les événements la précédant et le traitement médiatique qui en sera fait. De ce fait, l’enjeu réside dans la façon dont les citoyens brésiliens comprendront ces événements et les traduiront en opinion politique.

Consciente de cet enjeu, l’ONG française Internet Sans Frontières, qui défend depuis 2007 la liberté d’expression en ligne et le développement des médias libres sur Internet, prépare son premier projet au Brésil en partenariat avec l’Observatorio da Imprensa (un des principaux pure players brésiliens, centré sur l’analyse critique de la sphère médiatique). Ce projet de journalisme citoyen travaillera avec un groupe de jeunes de l’agglomération de Belo Horizonte qui accompagnera sur Internet l’actualité politique de mai à novembre prochains.

L’ONG mettra également à disposition une plateforme de données ouvertes, présentées sous formes d’infographies, portant sur la participation politique des jeunes et le fonctionnement du système politique brésilien. L’infographie est un outil puissant pour communiquer de manière claire sur des sujets complexes. Différentes données seront exploitées, comme celle de l’institut brésilien de statstiques (IBGE), de centres de recherche, mais aussi celles d’ONG comme Transparência Brasil.

En analysant de manière critique l’actualité politique brésilienne et en produisant des articles sur la manière dont ces événements affectent leur réalité, cette plateforme a pour but de stimuler la conscience politique des jeunes, en utilisant des outils et des espaces dont ils sont familiers (Internet, mouvements « opendata », réseaux sociaux, etc.).

L’étude sur le rapport des jeunes à l’information que nous avons citée plus haut, montre en effet que les jeunes capables d’expliquer les concepts diffusés dans les médias n’ont pas obtenu ces informations en regardant la télévision mais principalement à travers Internet. Les mouvements sociaux de juin ont bien montré l’importance des réseaux sociaux dans l’organisation de la mobilisation. C’est bien ce chemin qu’Internet Sans Frontières a choisi d’approfondir, en étendant au plus grand nombre l’accès à l’information libre et critique.

Article publié en portugais sur le site d'Observatorio da Imprensa  le 24 décembre 2013

Florence Poznanski - Responsable Bureau Brésil



Jeudi 26 Décembre 2013
Florence Poznanski
Responsable Bureau Brésil - Internet Sans Frontières Florence Poznanski est politologue. Son projet... En savoir plus sur cet auteur






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